Le secteur de la santé représente environ un peu plus de 6 % des émissions nationales de gaz à effet de serre en France, soit environ 40 millions de tonnes CO2e, selon les dernières estimations du Shift Project dans son rapport “Décarbonons les industries de Santé”, publié en 2025.
Bâtiments et process industriels énergivores, chaînes d'approvisionnement en médicaments complexes, dispositifs médicaux à usage unique : les sources d'émissions sont nombreuses.
Pourtant, les entreprises font face à une pression croissante entre les obligations réglementaires (BEGES, CSRD, la loi Anti-Gaspillage pour une Économie Circulaire, le décret tertiaire…) et les attentes des donneurs d'ordre et des investisseurs.
Mesurer son empreinte carbone n'est plus une option, c'est le point de départ de toute stratégie climat crédible.
Cet article décrypte les spécificités du bilan carbone dans l’industrie des médicaments (l’industrie pharmaceutique) : qui est concerné, quelles émissions prendre en compte, quelles obligations s'appliquent et quels leviers activer pour engager une trajectoire de décarbonation concrète.
1. L’état des lieux de l’empreinte carbone du secteur de la santé
Selon les dernières estimations du Shift Project publiées en 2025, le secteur de la santé en France représente environ 40 millions de tonnes de CO2, soit un peu plus de 6% de l’empreinte carbone de la France.
Un peu plus de 80% de ces émissions sont des émissions du scope 3, notamment les achats de médicaments et les achats de dispositifs médicaux qui sont les deux principaux postes d’émissions du système de santé avec respectivement 21 et 17% des émissions totales.
Au niveau mondial, selon les auteurs d’une étude publiée dans la revue scientifique médicale The Lancet, la santé serait responsable d’environ 4,4% des émissions mondiales.
2. Cadre réglementaire : quelles obligations s'appliquent aux entreprises de l’industrie pharmaceutique ?
2.1 BEGES : qui est concerné, à quelle fréquence, avec quelle méthodologie ?
La loi, plus précisément l’article L. 229-25 du code de l’environnement, prévoit la réalisation d’un bilan d’émissions de gaz à effet de serre (BEGES) obligatoire pour :
- les personnes les personnes morales de droit privé employant plus de 500 salariés en France métropolitaine
- les personnes morales de droit privé employant plus de 250 salariés dans les régions et départements d’outre-mer
- les collectivités de plus de 50 000 habitants et les autres personnes morales de droit public (hôpitaux, etc…) employant plus de 250 personnes
Le BEGES concerne donc à la fois les entreprises privées du secteur de la santé qui emploient plus de 250 ou plus de 500 salariés mais aussi certains établissements de santé comme les centres hospitaliers.
Le bilan de gaz à effet de serre obligatoire doit être renouvelé tous les 4 ans pour les entreprises et tous les 3 ans pour les collectivités territoriales et les personnes morales de droit public.
A noter que depuis 2023, il est obligatoire d’intégrer les émissions significatives du scope 3 dans le calcul du BEGES.
2.2 CSRD : les entreprises de santé face aux nouvelles exigences de reporting ESG
Depuis le 24 février 2026 et la publication au Journal officiel européen de la directive Omnibus, les entreprises de plus de 1000 salariés et qui réalisent plus de 450 millions d’euros de chiffre d’affaires sont concernées par la CSRD.
La Corporate Sustainability Reporting Directive (CSRD) représente une évolution majeure du cadre réglementaire européen en matière de reporting extra-financier car elle oblige désormais les entreprises concernées à publier des informations détaillées et standardisées sur leurs impacts, risques et opportunités liés à la durabilité.
Les entreprises soumises à la CSRD doivent ainsi, notamment, calculer et publier leurs émissions de gaz à effet de serre, scopes 1, 2 et 3. L'objectif est de créer un cadre de reporting harmonisé et comparable au niveau européen, permettant aux investisseurs et autres parties prenantes d'évaluer la performance des entreprises en matière de durabilité.
En réalité, ces nouvelles exigences en matière de durabilité ne concernent pas que les entreprises soumises à la CSRD, loin de là, car :
- les entreprises soumises à la CSRD ont besoin de récupérer les données carbone de leurs fournisseurs ou de toutes les entreprises qui travaillent pour elles. Toute la chaîne de valeur est ainsi concernée.
- CSRD ou non, les donneurs d’ordre et les grands comptes sont de plus en plus exigeants avec leurs partenaires commerciaux sur leurs performances de durabilité. Les grandes entreprises sont ainsi très nombreuses à inclure des critères carbone dans leurs appels d’offres, à inclure des critères carbone dans leurs politiques d’achats responsables ou même à demander à leurs partenaires de s’engager dans des démarches SBTi pour continuer à travailler ensemble.
2.3 La loi AGEC
La loi AGEC, pour loi anti-gaspillage pour une économie circulaire, a été publiée au JO en 2020.
La loi vise à limiter la production de déchets, limiter la consommation de ressources naturelles (y compris à réduire l’utilisation d’énergies fossiles très présentes dans la production des emballages) et à favoriser une économie circulaire.
La loi est organisée autour de ces 5 grands objectifs :
- sortir du plastique jetable
- mieux informer les consommateurs
- lutter contre le gaspillage et pour le réemploi solidaire
- agir contre l’obsolescence programmée
- mieux produire
Pour les entreprises du secteur de la santé, l’enjeu est majeur car les emballages représentent une part loin d’être négligeable.
Nous y revenons plus en détail ensuite mais selon les chiffres du Shift Project, les emballages représentent 9% des émissions des industries du médicament (autant que le transport par exemple).
3. Le bilan carbone des entreprises de l’industrie pharmaceutique
3.1 Les principaux postes d’émissions pour les industries du médicament
La production des médicaments représente le poste d’émissions le plus important du secteur de la santé avec environ 9 millions de tonnes de CO2, soit près de 25% des émissions totales du secteur. (Shift Project, 2025).
Partons déjà du cycle de vie d’un médicament et de ses postes d’émissions significatifs :
- La production des principes actifs
Avec 25% des émissions totales des entreprises qui opèrent dans la pharmaceutique, la production des principes actifs représente le poste d’émissions le plus important.
Il s’agit à la fois des émissions liées à l’extraction des matières premières et à la production des produits finis.
Le Shift Project estime à un peu plus de 32 000 tonnes la quantité de principes actifs nécessaires à la consommation annuelle des médicaments en France.
Pourquoi cette étape est la plus émissive ? Parce qu'elle est très liée à l’utilisation d’énergies fossiles. Près de 85% des émissions de la production des principes actifs viennent de la consommation d’électricité et de vapeur des usines qui fabriquent ces produits.
Or, ils sont très souvent fabriqués en Asie et dans des pays où le mix énergétique est encore très fortement carboné, malgré les impressionnants progrès en matière de production d’énergies renouvelables et d’électrification constatés en Chine ces dernières années.
Par ailleurs, des énergies fossiles sont utilisées comme matières premières. Le Shift Project estime par exemple qu'1,3 kg de pétrole est nécessaire en intrant pour fabriquer 1 kg de paracétamol.
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- Le conditionnement et la formulation
Cette étape représente 11% des émissions des entreprises du médicament.
Comme pour la production des principes actifs, ce sont les consommations d’énergies qui pèsent le plus avec près de 70% des émissions comptabilisées à cette étape.
- Les emballages
Les emballages des médicaments pèsent pour 9% des émissions totales.
Cela prend en compte à la fois les emballages primaires (flacons…), les emballages secondaires (conditionnement en cartons…) et les notices papier des médicaments.
Le Shift Project estime la production d’emballages nécessaires à la demande de médicaments sur une année en France à 121 000 tonnes.
Les émissions principales sont liées à la production de blisters, de sachets et de flacons. Rappelons que le plastique vierge est très majoritairement produit à partir de dérivés pétroliers.
- La logistique
Comme les emballages, le transport représente 9% des émissions. Il s’agit du transport entre toutes les étapes sur la chaîne de production et de distribution du médicament, soit du transport des matières premières jusqu’à l’acheminement dans les pharmacies de ville ou dans les établissements de santé.
Malgré des trajets multiples et bien souvent de plusieurs milliers de kilomètres en raison des lieux de production des principes actifs et de conditionnement et de formulation, l’empreinte carbone liée au transport reste faible comparée à la production des principes actifs.
C’est un enseignement important à prendre en compte dans les stratégies de décarbonation.
- Autres
Citons ici les étapes de production des excipients (4% des émissions), de l’usage des gaz médicaux (7%) ou encore de la fin de vie (2%) qui ne sont pas à négliger mais qui restent moins importantes dans l’empreinte carbone globale des entreprises du secteur.
- En dehors du cycle de vie direct (production, distribution, fin de vie) du médicament
On trouve ici deux postes d’émissions majeurs puisqu’ils représentent les 2ème et 3ème postes d’émissions les plus importants derrière la production des principes actifs : il s’agit de la recherche et développement avec 13% des émissions et des activités corporatives des entreprises avec 17% des émissions.
Dans les activités corporatives sont pris en compte l’énergie utilisée pour le chauffage et l’éclairage des bâtiments de l’entreprise, la construction éventuelle de bâtiments, les déplacements domicile-travail et professionnels ainsi que les achats de biens et services.
Cette répartition des émissions souligne la nécessité d’agir sur l’ensemble du cycle de vie des médicaments, de la conception à la fin de vie, en passant par la production et la logistique.
4. Comment réduire le bilan carbone de l’industrie pharmaceutique ?
4.1 L’électrification des procédés et l’écoconception, deux leviers majeurs de décarbonation
L’écoconception
La mise en place d’une stratégie d’écoconception est majeure car elle va permettre d’agir à différentes étapes du cycle de vie des médicaments.
D’abord en travaillant sur les principes actifs en sélectionnant les matières premières les moins émissives ou en utilisant par exemple des solvants recyclés.
Autre exemple, la reformulation des inhalateurs : remplacement des propulseurs à fort PRG (Pouvoir de réchauffement global) par des alternatives bas-carbone.
Il s’agit ensuite d’agir sur le packaging des médicaments : réduire les emballages secondaires et tertiaires, matières biosourcées ou recyclées, poids, formats… Il est possible, selon le Shift Project, de réduire de 6% les émissions totales de l’industrie des médicaments en travaillant sur les emballages et la fin de vie des produits.
L’électrification et la décarbonation de l’énergie
C’est évidemment un axe majeur de décarbonation de l’industrie pharmaceutique, les consommations d’énergie étant responsables d’une grand part des émissions liées à la fabrication des principes actifs puis du conditionnement et de la formulation.
Plusieurs leviers sont à activer :
- Une plus grande efficacité énergétique : centrales de traitement d’air, récupération de la chaleur fatale, audit des pertes thermiques, objectifs d’efficacité énergétique dans les contrats de maintenance…
- L’électrification des procédés dans les pays où l’électricité est bas-carbone est un des leviers les plus efficaces : pompes à chaleur, remplacement des chaudières eau chaude par la géothermie ou le solaire thermique, contrats d’électricité verte, installation d’énergies renouvelables sur site…
- La relocalisation : la relocalisation de la production dans un pays européen ou même en France permet à la fois de produire dans un pays où le mix énergétique est bien moins carboné et donc de réduire significativement et très rapidement les émissions liées à la fabrication tout en réduisant dans le même temps les émissions liées au transport des produits.
La relocalisation répond également à un enjeu de souveraineté de la fabrication de molécules ou de médicaments essentiels.
4.2 Logistique, R&D, achats responsables… Les autres leviers de décarbonation
Voici quelques autres leviers de décarbonation :
- Chaîne d’approvisionnement et logistique
- Relocalisation des fournisseurs
- Adoption de chartes d’achats responsables
- Décarbonation de la flotte d’entreprise (véhicules électriques, plan de mobilité, flotte de vélos électriques pour les collaborateurs qui habitent à proximité des sites…)
- Remplacement du fret aérien par le maritime/ferroviaire
- Optimisation des itinéraires et du chargement (réduction des trajets à vide et des émissions liées)
- Amélioration de la chaîne du froid (réfrigérants bas-carbone, gestion intelligente de la température)
- R&D
- Réduction des essais cliniques énergivores
- Digitalisation des processus pour limiter les déplacements et les consommations d’énergie.
- Biomarqueurs numériques
- Autres leviers
- Green IT : matériel reconditionné, allongement de la durée de vie du matériel informatique, choix de fournisseurs bas-carbone, choix de l’IA
- Mise en place d’une commission environnementale
- formation des collaborateurs.
Tous ces leviers sont soutenus par des initiatives sectorielles, telles que celles portées par le LEEM, qui vise une réduction de 50 % des émissions directes et de 25 % des émissions indirectes d’ici 2030, avec un plan d’action structuré autour de la décarbonation de l’approvisionnement énergétique, des moyens de production et des mobilités.
Le Shift Project estime que les industries du médicament pourraient réduire leurs émissions de 68% d’ici 2050.
5. Comment Sami vous accompagne ?
Sami accompagne de nombreuses entreprises du secteur de la santé depuis 2020 grâce à nos consultants, experts du secteur car habitués aux profils d’émissions des entreprises de l’industrie pharmaceutique, et à notre plateforme.
- Un bilan des émissions de gaz à effet de serre
Le bilan des émissions de gaz à effet de serre permet à l’entreprise de connaître le total des émissions de GES liées à ses activités, détaillées par scope, par poste d’émissions, etc…
C’est une étape incontournable tant pour répondre à la réglementation qu’aux demandes désormais quasi systématiques des partenaires commerciaux quant à l’impact carbone et à la stratégie de réduction des émissions de leurs fournisseurs, par exemple.
- L’ACV carbone du ou des médicaments
L’ACV carbone, autrement appelée Product Carbon Footprint (PCF) ou Empreinte carbone du produit, est une méthode de mesure des émissions de gaz à effet de serre (GES) générées par un produit ou un service sur l'ensemble de son cycle de vie : de l’extraction des matières premières jusqu’à sa fin de vie, en passant par sa fabrication ou son utilisation.
Les résultats sont exprimés en kilogrammes de CO₂ équivalent (kg CO₂e), ce qui permet d'avoir une vision claire et chiffrée de l'impact climatique d'un produit et d'identifier les étapes les plus émettrices pour orienter les efforts de réduction.
L’ISO 14067:2018 est la norme internationale qui spécifie les exigences et les lignes directrices du calcul et de la présentation d’un Product Carbon Footprint.
Le PCF se distingue d'une Analyse de cycle de vie (ACV) complète par son périmètre volontairement restreint : il ne s'intéresse qu'à l'indicateur "changement climatique" en mesurant uniquement les émissions de gaz à effet liées au produit.
- Une stratégie de réduction des émissions ambitieuse et efficace
Après avoir calculé votre bilan des émissions de GES, l’étape suivante est de construire une stratégie claire et chiffrée de réduction de vos émissions.
Et pour cela, rien de mieux que la méthode ACT Pas à Pas.
ACT® (Assessing low Carbon Transition®) est une méthodologie internationale qui a été construite par l’Ademe (l’agence de la transition écologique en France) et le CDP (Carbon Disclosure Project). et dont l’objectif est de permettre aux entreprises de construire leur stratégie de décarbonation avec la définition d’un plan de transition associé.
Depuis, plusieurs milliers d’entreprises françaises ont appliqué cette méthodologie pour se décarboner, avec des bénéfices financiers et stratégiques majeurs.
Les entreprises engagées dans ACT bénéficient par ailleurs de subventions conséquentes, de 50 à 80% du coût total de la mission d’accompagnement.
Vous voulez en savoir plus ? Accéder au replay de notre webinar consacré à ACT Pas à Pas et que nous avons organisé en mai 2026 avec l’Ademe et Ekodev.
FAQ
Qu'est-ce qu'un bilan carbone dans l'industrie pharmaceutique ?
Le bilan carbone d'une entreprise pharmaceutique est un inventaire de l'ensemble des émissions de gaz à effet de serre liées à ses activités, réparties en trois scopes : les émissions directes (scope 1), les émissions indirectes liées à l'énergie (scope 2) et les émissions indirectes de la chaîne de valeur (scope 3). Dans l'industrie du médicament, le scope 3 représente plus de 80 % des émissions totales.
Quelles entreprises pharmaceutiques sont obligées de réaliser un bilan carbone ?
Toute entreprise privée de plus de 500 salariés en France métropolitaine est soumise au BEGES obligatoire, à renouveler tous les 4 ans. Depuis 2023, les émissions significatives de scope 3 doivent y être intégrées. Les entreprises de plus de 1 000 salariés réalisant plus de 450 millions d'euros de chiffre d'affaires sont également soumises à la CSRD depuis février 2026.
Quel est le principal poste d'émissions d'une entreprise pharmaceutique ?
La production des principes actifs représente le poste d'émissions le plus important, avec 25 % des émissions totales de l'industrie du médicament. Cette étape est très consommatrice d'énergie fossile, notamment parce qu'elle est majoritairement réalisée en Asie, dans des pays au mix énergétique encore fortement carboné.
Quels sont les principaux leviers de décarbonation pour une entreprise pharmaceutique ?
Les deux leviers les plus impactants sont l’électrification et la décarbonation des procédés industriels ainsi que l'écoconception (réduction et verdissement des emballages, reformulation des principes actifs) et l'électrification des procédés industriels dans des pays à électricité bas-carbone. La relocalisation de la production en Europe est également un levier puissant, à la fois sur les émissions et sur la souveraineté industrielle.
Peut-on vraiment décarboner significativement l'industrie pharmaceutique ?
Oui. Le Shift Project estime que les industries du médicament pourraient réduire leurs émissions de 68 % d'ici 2050, en combinant électrification des procédés, écoconception, optimisation logistique et achats responsables. Le LEEM s'est quant à lui fixé un objectif de réduction de 50 % des émissions directes dès 2030.
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Sami accompagne de très nombreuses entreprises du secteur de la santé depuis 2020.




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