Vérification du bilan carbone : tout ce que vous devez savoir

Baptiste Gaborit

Rédacteur Climat

Vérification du bilan carbone, vérification de l'empreinte carbone, audit des émissions de gaz à effet de serre… Ces expressions reviennent de plus en plus souvent dans les discussions avec les clients, les investisseurs ou les donneurs d'ordre. Et pour cause : de plus en plus d'acteurs conditionnent leur confiance à une validation externe des données climatiques.

Pour autant, toutes les entreprises ne sont pas logées à la même enseigne. La vérification des émissions GES est obligatoire dans certains cadres précis, fortement recommandée dans d'autres, et peut rester optionnelle pour beaucoup. Encore faut-il savoir où on se situe et comprendre ce qu'on a à y gagner.

Dans cet article, nous faisons le tour complet du sujet : dans quels cadres la vérification des émissions de gaz à effet de serre est obligatoire ou fortement recommandée, pourquoi il peut être utile de s'y soumettre même sans y être contraint, et comment s'y préparer concrètement.

1. Dans quels cadres la vérification du bilan carbone est obligatoire ou fortement recommandée ?

La vérification du bilan carbone des entreprises est de plus en plus demandée par les parties prenantes et même désormais par certains standards de reporting, référentiels volontaires ou labels.

Voici les différentes situations où vous devez faire vérifier votre bilan carbone par un tiers indépendant.

  • Certification B Corp

Les nouveaux standards B Corp, qui sont entrés en vigueur en février 2026, obligent désormais toutes les entreprises de plus de 250 salariés ou qui ont un chiffre d’affaires de plus de 75 millions de dollars à réaliser un bilan carbone annuel et conforme à la méthodologie GHG Protocol ou ISO 14064.

Et ce bilan carbone doit être obligatoirement vérifié par un organisme tiers indépendant. Cette vérification concerne les entreprises des secteurs suivants :

  • Commerce de gros/distribution
  • Services avec une faible empreinte environnementale
  • Services avec une empreinte environnementale importante
  • Agriculture/Producteurs agricoles
  • Industrie manufacturière

Voici quelques uns des standards de vérification acceptés :

• ISO 14064-3:2019

• ISAE 3410

• ISO 14065:2020

• ISO/IEC 17029:2019, dass

• ISO 14067:2018.

  • Le CDP

Le CDP est une organisation à but non lucratif basée au Royaume-Uni qui publie des données sur l'impact des plus grandes entreprises sur l’environnement à l’échelle internationale.

Le CDP a élaboré les “questionnaires CDP” et le plus utilisé est celui qui porte sur le changement climatique.  

Dans ce questionnaire, les organisations doivent publier leurs émissions de gaz à effet de serre, scopes 1, 2 et 3, conformément à la méthodologie GHG Protocol.

Et le CDP valorise les entreprises qui font vérifier leur bilan carbone par un tiers indépendant. Cette vérification doit couvrir les scopes 1 et 2 et au moins 70% des émissions du scope 3.

La vérification n’est pas obligatoire mais elle fait partie des éléments nécessaires pour les entreprises qui souhaitent obtenir la note A.

De nombreux standards sont acceptés, vous trouverez la liste complète sur cette page du CDP.

  • EcoVadis

Dans le cadre de l’évaluation EcoVadis, il n’est pas obligatoire de faire vérifier son bilan carbone.

Néanmoins, une vérification par un tiers indépendant permet d’améliorer la notation.

Dans les notations carbone des fournisseurs, des données vérifiées par un tiers permettent d’obtenir pour l’entreprise le plus haut niveau de fiabilité des données carbone et ainsi de contribuer à une note élevée. C’est cette notation qui est ensuite transmise à l’entreprise à l’origine de la demande d’évaluation de sa chaîne d’approvisionnement.

  • SBTi

Les entreprises qui formalisent aujourd’hui une démarche SBTi n’ont pas l’obligation de faire vérifier leurs émissions de GES. Mais cela devrait changer avec la nouvelle version du standard Corporate Net-Zero dont la version définitive est attendue au printemps 2026.

Dans ce nouveau standard, les plus grandes entreprises, celles de la catégorie A, devront faire vérifier leurs bilans carbone par un tiers indépendant. La vérification devra couvrir les scopes 1 et 2 ainsi que les émissions significatives du scope 3, avec un niveau d’assurance limité, au minimum.

La SBTi s’appuie pour le moment sur la même liste des standards de vérification acceptés par le CDP.

  • CSRD

La CSRD, Corporate Sustainability Reporting Directive, impose aux entreprises concernées de faire auditer leur rapport de durabilité par un Organisme Tiers Indépendant (OTI).

Et dans le rapport de durabilité attendu dans la CSRD figurent bien les émissions de gaz à effet de serre.

Avec la loi Omnibus, la Commission européenne a toutefois allégé cette obligation d’audit puisqu’elle renonce à faire évoluer l’exigence vers une assurance raisonnable, cela restera à une assurance limitée.

La date limite pour que la Commission adopte un standard européen d'assurance limitée (par acte délégué) est repoussée du 1er octobre 2026 au 1er juillet 2027. Ce standard devrait être basé sur l'ISSA 5000, le nouveau standard international de l'IAASB sur l'assurance en matière de durabilité. En attendant, les auditeurs continuent de s'appuyer sur l'ISAE 3000 (Revised) ou les standards locaux applicables dans chaque État membre.

Cadre Vérification Périmètre Condition / seuil
B Corp Obligatoire Scopes 1, 2, 3GHG Protocol ou ISO 14064 > 250 salariés ou > 75 M$ de CASecteurs concernés uniquement
CDP Recommandée Scopes 1, 2 + ≥ 70% du Scope 3 Nécessaire pour obtenir la note A
EcoVadis Recommandée Scopes 1, 2, 3 Améliore la notation et le niveau de fiabilité des données
SBTi À venir Scopes 1, 2 + émissions significatives du Scope 3 Entreprises catégorie AStandard V2.0 attendu printemps 2026
CSRD Obligatoire Rapport de durabilité complet (dont GES) Entreprises dans le périmètre CSRD


2. Pourquoi faire vérifier son bilan carbone sans y être obligé ?

2.1 Défendre ses chiffres en interne

Un bilan carbone réalisé en interne et qui n'a jamais été supervisé, challengé ou vérifié par un regard externe peut être difficile à porter devant un DAF ou un CODIR avec, en creux, la question de la fiabilité des résultats de ce bilan carbone.

Une revue externe, même légère, transforme le résultat de l’empreinte carbone de l’entreprise en un chiffre opposable et renforce nettement sa crédibilité auprès des instances dirigeantes.

2.2 Crédibilité et confiance auprès des parties prenantes

Les clients grands comptes, les banques et les investisseurs demandent de plus en plus une validation des données climatiques de leurs fournisseurs et partenaires.

Sans forcément exiger un audit formel au sens ISO, une attestation de revue ou un rapport de vérification peuvent suffire. Anticiper cette demande plutôt que d'y répondre dans l'urgence, c'est éviter de bloquer un contrat ou une ligne de financement pour un problème documentaire.

C’est aussi un argument de poids pour la marque employeur : une part croissante des talents cherche à travailler pour des entreprises dont les engagements environnementaux sont prouvés.

Enfin, la vérification des données sur les émissions de gaz à effet de serre de l’entreprise est l’outil le plus efficace pour prouver la sincérité des chiffres et ainsi protéger l’entreprise contre les accusations de greenwashing par exemple.

2.3 Avantage concurrentiel et accès aux marchés

De plus en plus d'appels d'offres et de processus d'achats exigent une vérification tierce pour valider les données de durabilité. Sans cela, certaines entreprises sont d'office exclues des opportunités commerciales.

Par ailleurs, publier des données auditées donne une longueur d'avance sur les concurrents qui se contentent d'auto-déclarations.

2.4 Fiabiliser sa trajectoire de décarbonation et réduire les risques

Pour les entreprises qui décident de réaliser un bilan carbone seules sans formation sur la comptabilité carbone ou sans pilotage externe, il peut être dangereux de piloter une trajectoire de réduction des émissions car elles se basent sur un bilan dont les hypothèses et les calculs n’ont pas été vérifiés.

Les erreurs de périmètre ou de facteurs d'émission (un poste scope 3 sous-estimé, un facteur d'émission obsolète, une entité oubliée) se répètent d’année en année. Elles faussent l’analyse des données carbone de l’entreprise et peuvent conduire à des décisions de réduction mal orientées.

La donnée vérifiée permet d'établir des trajectoires de décarbonation réalistes et de concentrer ses efforts sur les postes les plus importants, permettant à l’entreprise de réduire ses émissions mais aussi ses coûts.

Enfin, même si ce n'est pas obligatoire aujourd'hui pour de nombreuses entreprises, la législation mondiale se durcit. Disposer de données historiques déjà vérifiées facilite la conformité future et réduit le risque d'erreurs de reporting pénalisantes.

3. Quelles options ? De la relecture informelle à la vérification par un tiers indépendant

Il n'existe pas une seule façon de "faire vérifier" ses bilans carbone. Il existe plusieurs options et le bon niveau dépend de vos objectifs ou de ce qu’imposent la réglementation et les différents standards de reporting.

3.1 La revue de cohérence interne

Si le bilan carbone a été réalisé en interne, la revue de cohérence interne consiste à faire relire le bilan par un pair ou un référent carbone dans l'entreprise. C'est utile pour détecter les principales erreurs : un doublon de périmètre, un facteur d'émission manifestement inadapté, un poste scope 3 oublié.

C'est insuffisant pour tout usage externe, mais c'est une bonne pratique avant de passer à l'étape suivante.

3.2 La revue par un consultant externe

Cela peut être la bonne option pour toutes les entreprises à qui il n’est pas demandé une vérification formelle du bilan carbone.

Là encore, dans le cas où le bilan carbone a été réalisé en interne, il s’agit de faire intervenir un consultant pour challenger les choix méthodologiques : périmètre organisationnel, facteurs d'émission retenus, traitement du scope 3, cohérence des données d'activité.

Le livrable est généralement un rapport de revue ou un compte-rendu structuré. Ce n'est pas une attestation formelle, mais c'est suffisant pour la plupart des usages : présentation interne, réponse à un client, dialogue avec une banque.

3.3 La vérification formelle par un tiers indépendant

C’est le plus haut niveau de vérification, celui qui mobilise un auditeur accrédité, qui s'appuie par exemple sur la norme ISO 14064-3 (ou sur les autres cadres de vérification autorisés selon les situations) et qui produit une attestation.

C'est le seul niveau qui produit un document véritablement opposable. Cette vérification par un tiers indépendant est nécessaire pour tous les usages listés dans la 1ère partie de cet article :

  • Certification B Corp
  • Le CDP
  • Evaluation EcoVadis
  • SBTi
  • CSRD

Sur ce dernier niveau, une distinction technique mérite d'être expliquée, entre l'assurance limitée et l'assurance raisonnable.

L’assurance limitée

L'assurance limitée signifie que l'auditeur n'a pas trouvé d'erreur significative lors de ses travaux, c'est une conclusion négative, formulée comme "rien ne nous indique que ces données sont incorrectes".



L’assurance raisonnable


L'assurance raisonnable signifie que l'auditeur a conduit des travaux approfondis et peut positivement affirmer que les données sont fiables.

Les deux ne demandent pas les mêmes ressources, ne coûtent pas pareil, et ne sont pas interchangeables selon les usages. Pour la plupart des entreprises qui ne sont pas sous obligation réglementaire, l'assurance limitée est souvent suffisante.



3.4 Un outil Bilan Carbone® conforme

La méthodologie Bilan Carbone®, très utilisée en France, est portée depuis 2011 par l’Association pour la transition bas carbone, l’ABC.

Cette dernière a mis en place en 2014 une démarche de conformité des outils de comptabilité carbone à la méthodologie Bilan Carbone®.

C’est ainsi que notre plateforme Sami a été déclarée conforme à la méthodologie Bilan Carbone®.

Cela garantit la robustesse méthodologique de notre logiciel. Mais attention, cela ne signifie pas que le bilan carbone réalisé est certifié ou vérifié.

Par ailleurs, notre centre de formation, Sami Academy (certifié Qualiopi), est un des partenaires de l’ABC et dispense à ce titre les formations officielles Bilan Carbone®.

4. Comment se préparer ?

4.1 Documenter ses hypothèses au fil de l'eau

C'est la règle la plus importante et la plus souvent négligée. Chaque choix méthodologique doit être tracé au moment où il est fait : pourquoi ce facteur d'émission plutôt qu'un autre, pourquoi cette délimitation de périmètre, pourquoi cette estimation pour tel poste scope 3.

Reconstituer ces justifications six mois plus tard pour répondre à un auditeur est fastidieux et peut être incomplet.

4.2 Centraliser ses preuves

Relevés de consommation, données fournisseurs, enquêtes mobilité, tout ce qui justifie les données d'activité doit être accessible et lié aux postes correspondants du bilan.

Un auditeur ou un consultant ne peut pas valider ce qu'il ne peut pas voir. Si les pièces justificatives sont éparpillées entre plusieurs personnes, plusieurs outils, et plusieurs formats, la vérification sera plus longue et plus coûteuse.

C’est d’ailleurs un des intérêts majeurs des logiciels de comptabilité carbone : ils permettent aux entreprises de gagner du temps lors de la réalisation des bilans carbone mais aussi au moment de la vérification car ils permettent de centraliser, à un seul et même endroit, toutes les données collectées, de documenter les hypothèses retenues, et ce même si de nombreuses personnes ont participé au bilan carbone en interne.

L’auditeur peut également avoir accès au logiciel afin de retrouver toutes les informations qui lui sont nécessaires.

4.3 Désigner un référent interne qui connaît le bilan dans le détail

La vérification génère des questions précises, sur le choix de périmètre, sur la source de telle donnée, sur le traitement de telle entité.

Il faut quelqu'un capable d'y répondre sans mobiliser toute l'équipe ni consulter dix fichiers différents. Ce référent doit maîtriser les choix qui ont été faits et pouvoir les expliquer.

4.4 Les éléments importants du bilan carbone

  • Le périmètre organisationnel

C’est presque toujours le premier point d'attention. Toutes les entités du groupe sont-elles incluses ? Sur quelle approche a été défini le périmètre ? Contrôle opérationnel, contrôle financier, part de capital ? Les filiales récemment acquises ou cédées sont-elles traitées correctement ? Un périmètre mal défini fausse tout le reste.

  • La documentation des facteurs d'émission

C’est le deuxième point systématique. D'où viennent les facteurs retenus ? Sont-ils datés, justifiés ? Le facteur d’émission retenu est-il issu d’une base de données génériques ou un facteur spécifique fournisseur existe-t-il ?

  • Le scope 3

Le Scope 3 fait l'objet d'une attention particulière, précisément parce qu'il est souvent le plus difficile à documenter. Est-il complet dans ses postes significatifs ? Les catégories les plus importantes (achats, fret, utilisation des produits vendus selon les secteurs) sont-elles traitées avec une approche suffisamment rigoureuse ?

  • La cohérence interannuelle

Elle entre dans le périmètre dès qu'il s'agit d'un bilan récurrent. Si des changements méthodologiques ont eu lieu d'une année sur l'autre (changement de facteur d'émission, modification de périmètre, révision d'une hypothèse de calcul) sont-ils documentés et expliqués ?

Conclusion

Faire vérifier son bilan carbone n'est pas une case à cocher pour satisfaire un interlocuteur externe. C'est ce qui peut permettre pour certaines entreprises de passer d'un exercice de reporting à un vrai outil de pilotage sur lequel on peut s'appuyer pour prendre des décisions.

Il permet d'engager sa chaîne de valeur avec des données solides et envoie un message de crédibilité et de sérieux à toutes les parties prenantes de l’entreprise.

Enfin, on observe une tendance très claire à la généralisation de la vérification des données carbone : standards de reporting, évaluations, labellisations, demandes des donneurs d’ordre et des investisseurs… Faire vérifier son bilan carbone dès aujourd’hui, c’est anticiper les demandes à venir et s’équiper d’un atout supplémentaire dans les discussions avec tous vos partenaires.

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